| ANTIQBOT WEEKLY #33 |
Semaine 40 • septembre 2026 |
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Lire un bronze : ce que révèlent le cachet, le numéro et la patine
De F. Barbedienne à Georges Rudier : cinq contrôles avant de payer.
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Antoine-Louis Barye, Lion au serpent, modèle de 1838, fonte au sable vers 1850, signée BARYE, sans cachet de fondeur. The Metropolitan Museum of Art, domaine public.
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Dans l'édition 28, nous avons appris à distinguer le bronze du régule : le métal, le poids, le son. Celui qui a franchi cette étape se trouve devant la question plus difficile. Car un vrai bronze n'est pas encore une fonte originale, et une fonte originale n'est pas encore une épreuve du vivant de l'artiste. Entre un bronze que Barye a fait fondre lui-même, une édition de Barbedienne après sa mort et un surmoulage sorti d'un atelier d'aujourd'hui, il y a le même métal et souvent la même signature, mais un écart de prix d'un facteur dix à cent. La preuve tient à de petits signes : le cachet de la fonderie, les numéros et les lettres sous la base, et la manière dont la patine repose sur le métal. Lire ces signes est un métier à part. Cette édition en enseigne les cinq premières règles. |
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Sujet de la semaine
Un bronze n'est presque jamais fondu une seule fois. Le modèle original de l'artiste, en cire, en terre ou en plâtre, sert de point de départ à un moule, et de ce moule sortent des épreuves : du vivant de l'artiste et sous son contrôle, puis souvent pendant des décennies sous le contrôle des héritiers, des éditeurs ou des fonderies. S'y ajoute le surmoulage : une nouvelle fonte réalisée d'après un bronze existant et non d'après le modèle, hors de tout contrôle. De loin, toutes ces épreuves se ressemblent. De près, non.
Trois questions décident de la valeur. Qui a fondu : une fonderie qui travaillait avec l'artiste, ou un atelier anonyme ? Quand : du vivant de l'artiste, peu après sa mort avec les modèles originaux, ou des générations plus tard ? Et en quel tirage : une série numérotée, une édition commerciale du XIXe siècle, ou un surmoulage incontrôlé ? La réponse, si tout va bien, se lit sur la sculpture elle-même. La fonderie y a frappé ou fondu son nom, parfois avec un numéro, une lettre ou un sceau, et la patine et l'intérieur racontent le reste. Celui qui sait lire ces signes connaît l'histoire de la fonte avant de parler prix.
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Objet de la semaine
Le lion de la photo est le Lion au serpent d'Antoine-Louis Barye, modèle de 1838, fondu au sable, probablement vers 1850 et donc de son vivant. L'exemplaire porte la signature BARYE, et rien d'autre : pas de cachet de fondeur, car Barye éditait alors lui-même ses bronzes. Ce modèle précis arrive aujourd'hui sur le marché sous quatre formes. L'épreuve du vivant de l'artiste, comme celle-ci, finement ciselée et parfois frappée à froid d'un numéro. L'édition posthume de Barbedienne, qui, après la mort de Barye en 1875, acheta à la vente de succession de 1876 une grande partie de ses modèles et les fondit sous son propre cachet, avec le petit sceau doré FB que les spécialistes attribuent aux années 1876 à 1889. Le surmoulage du XXe siècle, tiré d'un bronze existant, un peu plus petit et plus mou, parfois avec un cachet fondu dans la masse qui n'est jamais venu de Paris. Et le bronze décoratif récent d'un atelier asiatique, avec BARYE dans le rocher et une patine brun chocolat tout droit sortie du bain d'acide. Quatre fois le même lion, quatre catégories de prix.
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Cinq contrôles : cachet, numéro et patine
- Le cachet, et sa forme. Lisez le nom, mais regardez surtout comment il se tient sur le métal. Un cachet de fondeur est soit fondu dans la masse, et alors aussi net ou aussi mou que le reste de la fonte et sous la patine, soit frappé à froid après la fonte, avec des bords vifs et un métal légèrement repoussé. Les deux sont normaux, selon la fonderie et l'époque. Suspect est le cachet fondu dans un surmoulage : F. BARBEDIENNE FONDEUR aux lettres empâtées, aux bords flous et à la typographie qui ne colle pas. Les grandes fonderies utilisaient des cachets fixes, répertoriés dans les catalogues et les bases de données des musées. Comparez-les.
- Numéros, lettres et sceaux. Une fraction comme 3/8 ou EA II/IV appartient à un tirage moderne et contrôlé ; sur un bronze animalier du XIXe siècle, un numéro est le plus souvent un numéro de modèle ou de taille, pas un numéro de tirage. Un petit sceau rond Réduction mécanique A. Collas breveté signifie une réduction mécanique, éditée par Barbedienne. Un sceau doré FB sur un Barye désigne la première édition posthume. Bronze garanti Paris garantit que le métal est du bronze, rien de plus. France ou Made in France fut apposé sur les pièces d'exportation pour le marché américain à partir de 1891, et dit donc quelque chose de la date. Chaque signe date et situe la sculpture ; un signe qui ne correspond pas à la fonderie est un signe contre elle.
- Qui a fondu, et quand. Un nom de fondeur date la fonte, pas le modèle. Barbedienne n'a fondu Barye qu'à partir de 1876. Susse Frères a fondu Mêne après la mort de Mêne et celle de son gendre Auguste Cain. Georges Rudier n'a fondu Rodin qu'à partir de 1952, tandis qu'Alexis Rudier était le cachet du vivant de Rodin et jusqu'en 1952. Un Alexis Rudier avec la netteté et la patine d'une fonte de 1990 n'existe donc pas comme exemplaire authentique. Cherchez, pour chaque sculpteur, quelles fonderies ont travaillé avec lui ou ses héritiers et en quelles années, et posez le cachet à côté. S'il ne colle pas, la sculpture est au mieux une reproduction.
- La patine, de près. Une patine originale du XIXe siècle est fine et translucide : la ciselure reste visible à travers elle, la couleur passe du brun olive au noir en suivant la forme, et là où les mains saisissent la pièce depuis des générations, elle est usée jusqu'au métal brun doré. La poussière et la cire logent dans les creux, pas sur les reliefs. Un surmoulage ou un bronze décoratif récent porte une couche épaisse, uniforme, brun chocolat ou noire, sortie du bain chimique, parfois avec du vert pulvérisé dans les plis, et une usure partout égale ou totalement absente. Un vieux bronze décapé puis repatiné perd lui aussi de la valeur : la surface paraît neuve et les traces du ciseleur sont affaiblies.
- Dimensions et génération. Mesurez la sculpture et posez les chiffres à côté d'un exemplaire documenté dans un musée ou un catalogue de vente. Un surmoulage se rétracte d'environ un et demi pour cent à chaque génération de fonte et perd de la netteté à chaque étape : un centimètre de moins sur soixante centimètres n'est pas une erreur de mesure, c'est une deuxième génération. L'intérieur le confirme. Une fonte au sable du XIXe siècle est sombre et oxydée à l'intérieur, avec des bavures de fonte et des restes de noyau ; un surmoulage de la fin du XXe siècle montre souvent un métal brillant, des restes blancs de coquille céramique et des boulons fraîchement usinés.
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Le saviez-vous
La plus grande contrefaçon de bronzes du XXe siècle ne reposait pas sur de faux cachets, mais sur de vrais. Dans les années 1980 et 1990, le marchand français Guy Hain persuada la fonderie Rudier de refondre des Rodin à partir des moules et des plâtres originaux, et fit remplacer le cachet de Georges Rudier par celui d'Alexis Rudier, afin que les fontes passent pour des épreuves du vivant de Rodin. Lors de son arrestation en 1992, vingt tonnes de bronze furent saisies ; environ six mille pièces, aussi d'après Barye, Carpeaux, Claudel, Frémiet, Mêne et Maillol, avaient déjà été vendues. Hain fut condamné en 1997 à quatre ans de prison, peine confirmée en appel en 2002. Beaucoup de ces bronzes sont encore dans des collections, avec un cachet qui, en soi, est parfaitement authentique.
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Pour aller plus loin
Quand une fonte est-elle un original ? Pour les bronzes modernes, la loi française donne la réponse, et tout le marché la suit. Un décret fiscal de 1967, en vigueur depuis 1968, ne compte parmi les œuvres d'art originales que les fontes à tirage limité à huit exemplaires, contrôlé par l'artiste ou ses ayants droit ; par-dessus, l'usage tolère quatre épreuves d'artiste, numérotées I/IV à IV/IV. Douze par modèle, donc, et le musée Rodin s'en tient précisément à cette limite pour les Rodin posthumes qu'il fait encore fondre. Le décret Marcus de 1981 y ajoute la règle miroir : un surmoulage, une copie ou toute autre reproduction doit porter de manière visible et indélébile la mention Reproduction. Ce qui se vend comme original sans cette mention est soit authentique, soit une escroquerie.
Les éditions du XIXe siècle échappent à cette logique. Barye, Mêne, Frémiet et leurs éditeurs fondaient délibérément en série et sans numérotation ; une fonte Barbedienne de 1885 n'est pas une reproduction mais une édition posthume légitime. Là, c'est la hiérarchie qui fixe le prix : d'abord l'épreuve du vivant de l'artiste et sous son contrôle, puis la première édition posthume avec les modèles originaux, puis les éditions commerciales plus tardives, et tout en bas le surmoulage, qui a pu être fait à n'importe quel moment et n'est pas une œuvre d'art. Le cachet situe la sculpture dans cette hiérarchie. C'est pourquoi « signé Barye » n'est pas un argument en soi : le nom est dans le modèle et passe dans chaque fonte, y compris la pire.
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Marché & valeur
Le marché paie la hiérarchie. Prenez un seul et même modèle de bronze animalier de Barye ou de Mêne, de trente centimètres. Une épreuve du vivant de l'artiste, finement ciselée, rapporte en général chez Drouot, Bonhams ou Sotheby's un multiple d'une édition plus tardive, et les meilleurs exemplaires montent à plusieurs dizaines de milliers d'euros. Une édition posthume Barbedienne ou Susse en bon état se situe souvent entre quelques centaines et quelques milliers d'euros, selon le modèle et le format. Un surmoulage du XXe siècle sans provenance reste dans les centaines, et un bronze décoratif récent rapporte sur Catawiki ou dans une brocante ce qu'il vaut comme décoration : quelques dizaines à quelques centaines d'euros. Chez les artistes modernes, l'écart est encore plus grand : une fonte numérotée d'un nom connu, avec cachet de fondeur et certificat, est une œuvre d'art avec un prix de marché ; une fonte non numérotée sans papiers est un problème qu'aucune maison de ventes ne veut prendre. Règle de base : plus le nom est grand, plus la charge de la preuve est lourde, et plus un cachet manquant ou faux coûte cher.
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Les grandes fonderies et leurs cachets
Qui achète du bronze croise toujours les mêmes noms. Chaque cachet a sa période, ses artistes et sa forme. Cette liste n'est pas un ouvrage de référence, mais une première boussole.
F. Barbedienne, Paris. Fondée en 1838 comme société entre Achille Collas, inventeur de la machine à réduire, et Ferdinand Barbedienne. Après la mort de Barbedienne en 1892, poursuivie par son neveu Gustave Leblanc-Barbedienne, jusqu'en 1952. Cachet : F. BARBEDIENNE FONDEUR, plus tard aussi avec PARIS. Les réductions portent en outre le sceau rond Collas. A fondu les modèles de Barye à partir de 1876 ; ces premières éditions posthumes portent souvent le petit sceau doré FB.
Susse Frères, Paris. Une maison aux racines de 1758, qui édita des bronzes à partir de 1839 environ et resta l'une des grandes fonderies jusque tard dans le XXe siècle. Cachets Susse Frères Éditeurs Paris en abréviations variables, plus tard aussi Susse Fondeur Paris. Reprit après la mort de Mêne et de Cain leurs modèles et continua de les fondre ; au XXe siècle, fondit aussi pour le musée Rodin.
Thiébaut Frères, Paris. Grande fonderie du XIXe siècle, cachet Thiébaut Frères Fondeurs Paris, poursuivie ensuite sous le nom de Fumière et Gavignot. Fondit entre autres pour Frémiet et pour de nombreux sculpteurs de salon de la Troisième République.
A.A. Hébrard, Paris. La fonderie à la cire perdue du début du XXe siècle, cachet cire perdue A.A. Hébrard, généralement avec un numéro. Fondit les animaux de Rembrandt Bugatti en tirages numérotés et, à partir de 1919, tous les bronzes de Degas, en séries désignées par une lettre. Un bronze de Degas de son vivant n'existe pas : il n'a jamais rien fait fondre.
Rudier, Paris. Le cachet Alexis Rudier Fondeur Paris figure sur les Rodin de son vivant et sur les fontes pour le musée Rodin jusqu'en 1952 ; la fonderie était dirigée depuis 1897 par le fils, Eugène, sous le nom de son père. À partir de 1952, le neveu Georges Rudier reprit la fonte pour le musée, avec son propre cachet. Aujourd'hui, le musée Rodin fait fondre à la Fonderie de Coubertin. Le cachet C. Valsuani cire perdue appartient à une autre fonderie parisienne qui travailla pour de nombreux artistes modernes.
Fonderies belges. Sur le bronze belge, vous croiserez la Compagnie des Bronzes de Bruxelles, active de 1854 à 1979, la Fonderie Nationale des Bronzes de J. Petermann à Saint-Gilles et la fonderie Verbeyst à Bruxelles. Leurs cachets figurent sur l'œuvre de la plupart des sculpteurs belges de la fin du XIXe et de la première moitié du XXe siècle.
Vienne. Les bronzes de Vienne peints à froid de l'atelier Bergman portent un B dans une amphore et souvent le mot Geschützt, qui signifie « modèle protégé ». Ici aussi : le signe est connu, donc copié, et sa forme et sa netteté comptent plus que sa présence.
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Numéros, lettres et sceaux : petit lexique
- 1/8 à 8/8. Le numéro de tirage d'une fonte originale moderne : exemplaire un sur huit. Il va avec un nom, une fonderie et de préférence un certificat.
- EA ou E.A., I/IV à IV/IV. Épreuve d'artiste, hors du tirage de huit. HC signifie hors commerce, non destiné à la vente. Plus de quatre EA ou une série de HC est le signe que le tirage est discrètement plus grand qu'il n'y paraît.
- Cire perdue. La fonte est réalisée à partir d'un modèle en cire qui fond dans le moule. Typique de Hébrard, Valsuani, Rudier et des fonderies modernes. Les éditions du XIXe siècle de Barbedienne et de Susse sont le plus souvent des fontes au sable, ce qui ne dit rien en soi de la qualité.
- Fondeur et éditeur. Le fondeur est celui qui a fondu, l'éditeur celui qui a édité et vendu. Susse se disait les deux ; certains éditeurs faisaient fondre ailleurs, et deux noms figurent alors sur une même sculpture.
- Bronze garanti Paris. Une garantie commerciale du XIXe siècle que le métal est du vrai bronze et non du zinc. Elle figure surtout sur des bronzes de salon commerciaux ; ce n'est ni un label artistique ni un cachet de fondeur.
- Déposé. Modèle déposé : la forme est protégée contre la copie. Indique une édition commerciale, en général de la fin du XIXe ou du début du XXe siècle.
- France et Made in France. Mention d'origine pour l'exportation, obligatoire sur le marché américain à partir de 1891. Une pièce qui la porte n'est pas plus ancienne que cela.
- Signe de copyright avec millésime. Comme sur les fontes posthumes du musée Rodin : il donne l'année de fonte et accompagne un tirage contrôlé. Sur une sculpture vendue comme du XIXe siècle, c'est une contradiction.
- Chiffres et lettres isolés. Sur les éditions du XIXe siècle, le plus souvent des numéros de modèle, de taille ou de montage de la fonderie, frappés à froid. Ils ne prouvent rien, mais ils appartiennent à un atelier qui travaillait en série, et manquent souvent sur un surmoulage.
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Du vivant, posthume ou tardif : la chronologie par nom
Le cachet ne prend son sens qu'à côté de la biographie du sculpteur. Quatre exemples que vous croiserez dans chaque vente.
Antoine-Louis Barye (1795-1875). Édita lui-même ses bronzes pendant des années : signature BARYE, pas de cachet de fondeur, souvent un numéro frappé à froid. Après sa mort, Barbedienne acheta à la vente de 1876 une grande partie des modèles et les fondit jusqu'au XXe siècle, avec F. BARBEDIENNE FONDEUR et, les premières années, le sceau doré FB. Les deux sont de vrais Barye ; le prix diffère.
Pierre-Jules Mêne (1810-1879). Fonda en 1838 sa propre fonderie et fondit et vendit lui-même ses animaux ; son gendre Auguste Cain travaillait dans le même atelier. Les épreuves de son vivant portent P.J. MÊNE et pas de cachet de fondeur. Après la mort de Mêne, puis celle de Cain, Susse reprit les modèles et les fondit pendant des décennies, avec le cachet Susse. Un Mêne sans cachet est donc souvent le plus ancien, le meilleur.
Auguste Rodin (1840-1917). Les épreuves de son vivant et les premières fontes posthumes pour le musée Rodin portent Alexis Rudier Fondeur Paris. À partir de 1952 Georges Rudier, plus tard aussi Susse, aujourd'hui la Fonderie de Coubertin, avec une numérotation jusqu'à douze par modèle et un signe de copyright avec millésime. Un Rodin sans l'un de ces cachets, ou avec un cachet qui ne correspond pas à l'année de fonte, c'est le cas Guy Hain du Saviez-vous ci-dessus.
Rembrandt Bugatti (1884-1916). Ses animaux furent fondus à la cire perdue chez Hébrard, signés, cachetés et numérotés dans la cire ; Hébrard fondit encore des tirages après sa mort, comme le tigre royal fondu entre 1922 et 1927 dans une série de dix-sept. Numéro, cachet et période de fonte sont consignés pour les modèles importants dans le catalogue raisonné. Ce qui n'y figure pas est suspect.
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La patine de près : types et pièges
La patine n'est ni de la saleté ni un hasard. La fonderie l'a appliquée à dessein, par la chaleur et les produits chimiques, et a ainsi fixé l'aspect de la sculpture. Le XIXe siècle français aimait le brun et l'olive, parfois le noir ; l'art déco le vert, l'argent et l'or ; Vienne peignait à froid dans toutes les couleurs. Chacune de ces couches est fine, entre dans le métal et laisse voir la ciselure. Ce qui vient ensuite, c'est le temps : la poussière dans les creux, la cire de générations d'entretien, l'usure sur les reliefs et à l'endroit où l'on soulève la pièce.
Trois pièges. D'abord la patine fraîche : uniforme, épaisse, brillante, sans usure, ou avec une usure « posée » au chiffon et donc partout égale. Ensuite le vert : un vert fin et régulier peut être une patine voulue, mais un vert clair poudreux et granuleux dans les creux est une corrosion active, et un vert vif qui semble pulvérisé sur une patine brune est une décoration du mois dernier. Enfin la patine restaurée : un bronze jadis récuré jusqu'au jaune au produit à métaux puis repatiné paraît plat et neuf, et les fines traces du ciseleur ont disparu. Les photos de musée du même modèle montrent à quoi la surface doit ressembler.
L'entretien est donc simple : ne pas astiquer. Dépoussiérer avec une brosse douce, tout au plus une fine couche de cire microcristalline, lustrée au chiffon doux. Pas de produit pour l'argenterie, pas de citron, pas de laine d'acier. Pour le connaisseur, un bronze astiqué est un bronze abîmé.
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Acheter un bronze sur les marchés et en ligne
Sur le marché : prenez la sculpture en main, retournez-la et regardez dans la base avant de parler prix. Cherchez la signature, le cachet et les numéros, et examinez-les à la loupe : fondus ou frappés, nets ou empâtés. Regardez l'usure sur les reliefs et la poussière dans les creux. Demandez la provenance, et méfiez-vous quand la réponse est plus grande que la sculpture.
En ligne : demandez des photos rapprochées de la signature et du cachet en lumière rasante, du dessous et de l'intérieur de la base, et de chaque côté de la pièce. Demandez les dimensions en centimètres et le poids, et comparez les dimensions à un exemplaire documenté du même modèle. Lisez la description en cherchant les mots qui font la différence : « Barye » n'est pas « d'après Barye », « dans le goût de » ou « dans le style de », et « signé » signifie seulement que le nom est dans le modèle. Pour les bronzes modernes : demandez le certificat de la fonderie ou la confirmation des ayants droit, car sans ces papiers aucune maison de ventes n'acceptera la pièce.
En vente publique et sur des plateformes comme Catawiki : une bonne description d'expert nomme la fonderie, la période de fonte probable, le tirage ou le numéro, les dimensions et l'état de la patine. Si l'un de ces cinq points manque, demandez-le avant d'enchérir. Et retenez la hiérarchie : du vivant, posthume précoce, édition tardive, surmoulage. Le cachet dit où la sculpture se situe dans cette suite, et le prix doit y correspondre.
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Questions fréquentes
Que signifie F. Barbedienne Fondeur sur mon bronze ? Que la fonte, si le cachet est authentique, sort de la fonderie parisienne Barbedienne, active de 1838 à 1952. Cela ne dit rien de la date du modèle : Barbedienne n'a fondu les modèles de Barye qu'après la mort de celui-ci, à partir de 1876. Comparez la forme du cachet avec des exemplaires documentés, car dans un surmoulage le cachet est fondu avec le reste et perd sa netteté.
Un bronze sans cachet de fondeur est-il un faux ? Non. Barye et Mêne éditaient eux-mêmes leurs bronzes et n'y mettaient que leur nom, dans le modèle ; beaucoup de fontes du XIXe siècle ne portent aucun cachet. Sans cachet, ce sont la ciselure, la patine, l'intérieur de la fonte et les dimensions comparées à des exemplaires documentés qui décident.
Qu'est-ce qu'un surmoulage ? Une nouvelle fonte réalisée d'après un bronze existant et non d'après le modèle original de l'artiste. Le métal se rétracte d'environ un et demi pour cent à chaque génération de fonte et les détails s'adoucissent. En France, un tel surmoulage doit porter visiblement le mot Reproduction depuis 1981.
Combien de fontes originales d'un bronze peuvent exister ? Pour les bronzes modernes, la règle française admet un tirage de huit exemplaires numérotés, contrôlé par l'artiste ou ses ayants droit, plus quatre épreuves d'artiste : douze par modèle. Les éditions du XIXe siècle de Barye, Mêne ou Frémiet échappent à cette logique ; elles ont été fondues délibérément en série et sans numérotation.
Puis-je astiquer mon bronze ? Non. La patine fait partie de l'œuvre et contribue à sa valeur. Dépoussiérez avec une brosse douce et appliquez tout au plus une fine couche de cire microcristalline. Un bronze poli jusqu'au métal, ou décapé chimiquement puis repatiné, perd une grande partie de sa valeur.
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Dans les coulisses
Sur un bronze, AntiqBot lit ce qu'une photo montre : la signature et le cachet, leur forme et leur emplacement, les numéros, la qualité de la ciselure et la construction de la patine, et confronte cela à des exemplaires documentés et aux résultats de ventes du même modèle. Ce qu'une photo ne peut pas montrer, le poids, le son et l'intérieur de la base, reste un travail pour la main, et le rapport le dit. Conseil : photographiez le cachet et la signature de près en lumière rasante, le dessous de la base, et la sculpture de face.
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Question de la semaine
“Mon petit cheval en bronze de Mêne ne porte pas de cachet de fondeur, seulement P.J. MÊNE dans le rocher. Est-ce mauvais signe ?”
Non. Mêne était sa propre fonderie : à partir de 1838, il fondait et vendait lui-même, si bien qu'une épreuve de son vivant porte son nom et pas de cachet de fondeur. Seules les éditions posthumes portent le nom de Susse Frères. Un Mêne sans cachet peut donc être précisément le meilleur exemplaire, à condition que le reste soit juste : une ciselure nette, une patine fine et usée par le temps, un intérieur sombre et ancien, et des dimensions conformes aux exemplaires documentés. L'absence de cachet n'est pas une preuve, c'est une invitation à faire les quatre autres contrôles.
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La semaine prochaine
La semaine prochaine dans AntiqBot Weekly #34, nous posons un nouvel objet sur la table, avec à nouveau cinq contrôles pour séparer le vrai du faux.
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